boîtes noires (2005)

Boîtes noires

cantates

MUSIQUE :Denis Mariotte

LIVRET: Renaud Golo

boîtes noires : (partitions)

FORMATION : LA DOUZAINE

  • – Violon: Michèle Véronique
  • – Guitare électrique: Gilles Laval
  • – Guitare basse électrique: Daniel Mariotte
  • – Trombone: Patrick Charbonnier
  • – Saxophone alto: Cyrill Darmedru
  • – Saxophone baryton, soprano: Raoul Binot
  • – Clarinette basse, soprano: Pascal Parriaud
  • – Batterie, percussions: Denis Mariotte
  • – voix: Laurent Frick
  • – voix: Renaud Golo
  • – échantillonneur, dispositif électroaccoustique: Laurent Grappe

boîtes noires a été créé en juillet 2005 au Festival NPAI de Parthenay et bénéficié de l’aide à l’écriture musicale du ministère de la Culture et de la Communication.

DECOUPAGE

  1. LA NOTICE ET LE MARTEAU
  2. OU IL EST QUESTION D’ENTREES
  3. SATISFACTION
  4. PAR QUOI JE COMMENCE
  5. EXELLENTE PRESENTATION
  6. SIRENES
  7.  CHAINES
  8. RECLAMATION AFRICAINE (PANNE II)
  9. C’EST VRAI
  10. MILIEUX
  11. PANNE II
  12.  PARQUOI JE COMMENCE INSTRUMENTAL

 

1 : la notice et le marteau

Dialogue entre les deux voix au microphone. Durant ce dialogue,une boucle de sons est diffusée et spacialisée dans le dispositif électroaccoustique composé de 8 haut-parleurs placés dans des boites de conserves de différentes tailles. Sur celles –ci sont disposés des couvercles métalliques qui réagissent en vibrant à la teneur du son diffusé et à son volume.

L – Je vais te lire la notice. Tu y apprendras que cet objet que tu tiens dans la main est un ensemble de rapports entre les pièces qui le composent. L’objet que tu tiens est réel. Quand je lirais la notice tu saisiras comment il peut fonctionner, cet objet deviendra à cet instant un outil virtuel et ceci tant qu’il n’aura pas fonctionné réellement.

R – Je tiens cet objet dans la main. Maintenant, je prends un autre objet, comme un marteau, par exemple. Et tu vois ! Maintenant Je vais casser l’objet.

L – Le marteau que tu tiens dans l’autre main est lui aussi un ensemble de rapports entre les pièces qui le composent. Les pièces sont peu nombreuses, leurs rapports simples. Je peux aussi te lire la notice.

R – Non merci, je vais juste le casser, l’anéantir en quelque sorte.

L – Tu vas faire un autre objet.

R – Non non je vais le détruire.

L – Tu vas créer un nouvel ensemble de rapports entre les pièces, plus nombreuses, qui vont le composer.

R – Tu as du mal comprendre, je ne vais rien créer du tout.

L – Mais si.

     Bien sûr, si je te lisais la notice, elle ne te permettrait pas de saisir comment pourrait fonctionner ce nouvel objet créé. C’est sans doute pourquoi tu ne crois pas que tu vas créer, parce que ton geste te paraît conduire à l’inutile.

     Et d’ailleurs, as-tu remarqué qu’un marteau n’a jamais de notice ?

R – Parce que tout le monde sait comment faire avec le marteau. Je le prends par le manche et j’applique très fort la partie lourde et métallique sur l’objet qui se trouve dans l’autre main.

     Après, j’enlève le marteau.

     Il ne reste rien.

L – Tu viens de me lire la notice du marteau, je te remercie mais je la connaissais déjà. Le marteau est un ensemble simple, tellement que tout le monde peut l’utiliser seul et sans connaissances particulières. Au contraire, l’objet que tu tiens dans la main, celui que tu voudrais transformer, est un ensemble complexe qu’on ne peut utiliser sans avoir préalablement pris connaissance de son mode de fonctionnement. Cet objet placé dans la vitrine du magasin devient une représentation du réel. L’accès du réel se fait en deux étapes : d’abord tu payes pour qu’il t’appartienne, ensuite tu apprends à le faire fonctionner.

R – C’est ça, voilà, exactement, je vais faire fonctionner le marteau et ainsi agir réellement sur le virtuel. Je vais fabriquer beaucoup de petits outils virtuels sur lesquels, à l’aide d’un marteau bien réel, je vais encore agir et encore fabriquer encore plus de plus petits outils toujours plus petits et toujours plus nombreux et toujours aussi virtuels et ils le resteront parce qu’il n’y aura ni acheteur, ni notice.

L – Tu vas ainsi créer une boite noire, c’est à dire, un ensemble de rapports entre des éléments dont personne ne peut dire quels sont ces rapports, à part toi…peut-être ? Et là, je ne pourrais pas te lire la notice car les connaissances nécessaires pour faire fonctionner cet ensemble sont inconnues.

R – Ca me rassure.

L – La boite noire la plus noire pourrait être par exemple un imbécile d’où rien ne sort, où rien n’entre. Un modèle d’étanchéité en quelque sorte.

 

2 : où il est question d’entrées

instrumental : guitare électrique/ violon/ basse électrique/ saxophone alto/ mélodica /trompette avec sourdine. L’échantilloneur improvise.

OU IL EST QUESTION D'ENTREE

3 : satisfaction

texte dit par les deux voix à l’unisson (voir partition) , la clarinette se joint au voix à l’unisson à partir de * puis la guitare (bottle neck sur manche) à partir de***. Les tenues de la partie précédente sont reprises à partir de**.Tous les autres instruments disponibles marquent des accents fortissimo sur chaque syllabes des mots indiqués en rouge, le choix de la hauteur est laissée à l’interprète.

L+R

Je suis ingénieur.

Je dois concevoir et élaborer quelque chose correspondant aux attentes des gens.

Je pense que l’attente des gens est de satisfaire le désir.

Certains appellent cela la liberté.

Satisfaire le désir.

Je détermine les paramètres qui vont permettre de fabriquer et de vendre de quoi satisfaire le désir.

Je me rend utile. * (départ accompagnement clarinette)

Je suis ingénieur.

Satisfaire le désir.

J’appelle cela satisfaire un besoin.

Je répond au besoin.

Satisfaire un besoin.** (reprise des tenues guitare basse/ sax barytron / trompette/ mélodica/sax alto)

Certains appellent cela la liberté.

Satisfaire le désir n’est pas un travail.

C’est le plaisir.

Ce n’est pas un travail.

Certains appellent cela la liberté.

Concevoir et élaborer quelque chose pour satisfaire un besoin est un travail. ***(départ accompagnement guitare)

C’est mon travail.

Ce travail est utile.

Ce travail rend libre.

Je suis libre parce que j’ai un travail bien rémunéré.

J’ai des besoins.

J’ai aussi des désirs.

J’ai un travail bien rémunéré qui me permet d’acheter de quoi les satisfaire.

Je ne distingue pas le besoin du désir.

Je n’en ai pas besoin.

Certains appellent cela la liberté.

C’est le plaisir.

Je suis libre.

Je peux aussi concevoir et élaborer quelque chose dont les gens n’aient pas besoin.

Je peux aussi concevoir et élaborer quelque chose qui permette de satisfaire le désir.

Ce désir n’existe pas.

Je détermine les paramètres qui vont permettre de fabriquer ce désir.

C’est mon travail.

Ce travail est utile.

Ce travail rend libre.

(fortissimo sons échantillonneur dans lequel rentre un canon violon guitare sax alto)

 4 : par quoi je commence