quelqu’un visiblement

E-   quelqu’un, visiblement

 

denis mariottedenis mariotte

Les subsistances-Lyon 2007

Initié dans le cadre d’un accueil en résidence aux Subsistances à Lyon

film/musique, actes, sous-titres, lumière, disparitions.

avant propos – propos

Il y avait un corps, avant même de commencer toute création, un corps qui devait être, la question ne se posait pas, il nous le devait, c’était un minimum, un préalable inévitable.

Au moins ça pour commencer un cinquième mouvement/chapitre:

« un corps sur la scène ».

Et une question s’est posée. Comment lui reprendre la parole à ce corps?

Élaguer l’interprète, le jeu, l’acte, la voix, l’expression du réel, les idées qui font exister le récit.

Comment écrire une fiction qui ne dessine rien de la vie d’un corps?

Comment faire sans lui enfin, sans son secours, sans cette vie qui bat, visiblement, sans ses gestes, sa parole. Et, finalement, comment lui redonner la parole tout de même à ce corps-minimum , après l’avoir déchargé du récit qu’il aurait à donner inévitablement.

Faire de lui un étranger avec qui il faut engager la conversation, et alors, entrevoir ce que contient le moindre geste.

Comment dresser un monde, vaste, un dessin de cette vie qui bat, qui contienne de précieuses indications, et que pourtant rien ne permette de l’identifier. Pour la langue il y a le sous-titrage, qui traduirait la langue étrangère. Pourtant, ici, aucune voix ne s’élève, le poème s’écrit, se lit, seul, projeté au mur, disant le futur : «quelqu’un, ici, viendra ». La musique alors fait exister les gestes. Les voilà, le jeu, l’interprète, ils viennent à l’écran, dispensés du rôle d’accompagnement, ils en disent plus long. Le geste est visible, produit un son. Entre les gestes brièvement saisis, le son se déploie dans l’obscurité.

Il n’y a qu’un seul homme, quelqu’un.

Parfois multiplié, il a un visage inconnu, toujours.

L’espace de la scène devient le terrain de l’invisible. Ces corps, combien sont-ils? Quelle est cette conversation secrète qu’ils tiennent? Est-ce bien une vie qui bat en eux? Quel est ce geste qui s’enfouit dans l’obscurité? Qu’est-ce qui, ainsi, rend visible ce qu’il dissimule?

Quelqu’un, visiblement, vient faire quelque chose.

Est- on certain que nous n’avons rien inventé, que notre perception ne nous échappe pas?

C’est que maintenant on lui pose des questions, l’histoire se suspend, on soupçonne que quelqu’un est, on l’interroge, et soi avec.

Qui?